Avons-nous une parole qui relie ?

Nous connaissons tous l’expression « Tourne ta langue sept fois dans ta bouche, avant de parler ».

Plus rarement nous sommes-nous entendu répondre pourquoi ?
Il est, par exemple, facile de prendre le contre-pied en répondant « Non » ou « Oui, mais… », de comparer, de critiquer, de se distinguer, de se démarquer, etc.

Le mot « diaboliser » trouve d’ailleurs son origine dans le mot grec « diaballo », séparer. Parole diabolisante ou parole reliante ? Au lieu des « oui, mais », nous pourrions plus souvent dire « et » ou « en même temps… ». L’exercice parait simple, d’autant qu’il ne s’agit que de petits mots glissés dans nos échanges, en même temps il nous semble plus difficile qu’il n’y paraît.

C’est que nos habitudes de discussions sont passées par là. C’est comme cela que nous prenons ou pensons prendre notre place dans la société, dans la famille ou ailleurs. C’est comme cela que notre égo croie ou espère exister. C’est comme cela que notre propre conscience ou perception des choses se démarque de celles des autres.99

La parole reliante

Le problème, c’est que cette parole diabolique, c’est-à-dire qui sépare, co-crée bien peu de choses, voire parfois déconstruit des édifices de confiance, patiemment construits. La parole reliante, elle, jette des fondations ou les renforce. La parole reliante fait travailler l’interlocuteur, l’envoie en mission, lui donne envie d’avancer, lui redonne le goût d’espérer et le courage à son tour de se relier à d’autres. La parole reliante donne surtout envie de se revoir. La parole reliante développe ainsi des relations durables, c’est-à-dire des relations qu’il est possible de reprendre à tout moment, même si depuis longtemps nous ne nous sommes plus vus. Il est facile de s’opposer –e.a. avec des « Oui, mais »– et il est plus difficile de se relier. Pour s’opposer, il peut suffire de dire l’inverse de ce qui vient d’être exprimé (« Non, je ne suis pas d’accord avec ce que tu viens de dire »).

Pour se relier, il nous faut imaginer, proposer, construire, suggérer, inventer, créer… Bref, il nous faut faire une pause –même courte–, prendre le temps, écouter, réfléchir et finalement comme le dit l’expression « tourner cette fois sa langue dans sa bouche, avant de parler ».

Je conclus en ajoutant volontiers une phrase qui m’a été offerte à la fin des années ’80 par une consœur : « Parle, vieillard, car cela te sied, mais avec discrétion, n’empêche pas la musique ».

Merci, Christiane, ton cadeau m’a déjà beaucoup aidé à « tourner ma langue… » !

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